[Cartothèque] La loop de Khammouane

Comment décrire la beauté de Khammouane ? En parlant de ce que j’aime : la géographie et les cartes. Ici démarre une nouvelle excursion géographique !
Un récit où s’entremêlent notre parcours, les chemins de l’eau et la nécessaire conquête de liberté.

À la source
J’avoue avoir accusé le coup. Physiquement un peu, moralement pas mal. Pédaler use. Mais l’effort avec une once de courage et une géniale partenaire m’aide. Ça va mieux.
Je crois que tous les deux nous ne voulons pas renouveler l’expérience de la route 18. Nous avons peur des pistes en terre battue. Nous nous engageons dans la loop ou boucle, itinéraire sympa bien fréquenté avec une piste « dégueulasse » sur 60km. L’appréhension est palpable.

Liberté
Adieu Thakhek, adieu Mékong, nous préférons fréquenter un de tes turbulents affluents. Nous nous dirigeons vers la Xe Bangfai.
Aux milieux de ces magnifiques karsts, rivières et routes serpentent librement. Méandres ou virages deviennent alors synonymes de découvertes paysagères. Ni les légers faux plats ou rapides ne limitent notre progression. Nous roulons à vive allure, le coeur en joie.

Emprisonnement
Arrivée sur le plateau de Nakaï après une pente courte donc raide. Nous découvrons le complexe hydroélectrique Nam Theum 2. L’Homme a décidé de bloquer les eaux de la Nam Theum au nord du plateau. 450km² de terre inondée. Au sud, l’eau est transférée vers une centrale de production électrique. Une conduite de 7m de diamètre traversant une montagne permet l’acheminement de l’eau. Un canal long de 27km franchissant rivières et montagnes permet l’évacuation de l’eau de la Nam Theum vers la Xe Bangfai. Sa capacité d’évacuation est de 315 000 l/s. Le tournis, les chiffres de ce barrage donnent le tournis.
L’équivalent en production d’une centrale nucléaire, pourtant ce que l’on retient ce sont ces dizaines de milliers d’arbres morts sur les berges. Non exploités par les populations avant la mise en eau du réservoir, ceux-ci, lentement, se décomposent.

Évasion
Nous devons poursuivre notre route. 60km de piste à la très mauvaise réputation nous attende ! Xavier, notre hôte à Nakaï, nous conseille une sympathique guesthouse servant une délicieuse tarte aux pommes ainsi qu’un itinéraire bis. Nous suivrons les deux excellents conseils.
Nous pénétrons dans une vallée voisine via une descente de 15km sur une piste défoncée. En tandem, dans le sens inverse, nous ne serions pas passé. Cette vallée est une prison. La rivière a creusé la roche pour s’échapper. Un tunnel long de 7km qui sera également notre échappatoire. Un formidable pied-de-nez au barrage, situé seulement à quelques kilomètres.
Nous découvrons un espace infrequenté, où la piste est magnifique, et dormons dans une authentique homestay : ici pas d’eau que du lao lao.
Le lendemain, nous traversons la grotte. Une réelle aventure. 7km dans le noir sur une bicoque où le moteur tourne à plein régime. Deux petites lumières nous permettent de contempler le travail titanesque de la rivière. Là où les touristes traversent à pied des rapides, nous fonçons. Quelques frayeurs plus tard, nous apercevons enfin la lumière. Comme l’eau, nous sommes de nouveau libres !

Adieux
De l’autre coté de la grotte. L’un explore, l’autre se repose.
Le lendemain nous repartons. Étape de 85km pour quitter Khammouane avant de prendre un bus pour rejoindre Vientiane, la capitale. 40km de bonheur, 40km à regarder la vallée. Puis survint la première tempête, un sévère col de 5km pour un dénivelé de plus de 400m. En haut, nous arrivons trempés de sueurs et fatigués. Le spectacle est de nouveau féerique : une forêt de pierres. Nous disons adieu à notre rivière.
Descentes et légères montées rythment notre progression. Une française nous avait pourtant assurée : « c’est tout plat« . Maudits français. Seule anecdote, un problème technique insolite. Une solide boule de terre s’était formée dans la fourche. Quand nous roulions, celle-ci appuyait sur le pneu nous freinant considérablement !
Riz frits, puis bus. Nous arrivons à Vientiane tard. Rouler en tandem, la nuit, dans la capitale … Mais pourquoi avons-nous quitté Khammouane ?

PS : pour pleins de bonnes raisons !

9 réponses
  1. Pheuy
    Pheuy dit :

    Bonjour
    1800 km ou 2000 km, pour mes vieux muscles ce sera pas possible. Donc bravo à vous 2 et à votre vélo ! l’dresse du restaurant de mon neveu à Luang-Prabang est : « Mr Teng duck roast » (la faute d’orthographe est normale)ou « haane piing pet Aï Téng » en laotien. Il se trouve à Ban Na Samphanh, pas très loin de l’hôtel Phou Vao sur la route N°13 vers Xieng Ngeun(Vientiane).

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    • Anne
      Anne dit :

      Merci Pheuy !
      On va tester l’adresse ! Surtout que nous n’avons toujours pas mangé de ping pet !
      Je pense beaucoup à toute votre petite (?) famille !
      Plein de bises

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  2. cot cot
    cot cot dit :

    pas compris la traversée du tunnel: c’était dans l’eau, dans une voiture, en tandem?
    Lu que le complexe hydro électrique de Nam Theum était très controversé, sera t il terminé un jour?
    Dur de vous suivre sur les cartes du Laos. Celles que je trouve ne sont pas assez détaillées. Un gentil correspondant saurait il m’indiquer un tuyau pr avoir des cartes lisibles et détaillées… et en français? merci d’avance

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    • Paul
      Paul dit :

      @cotcot : on a traversé dans une bicoque de bois. Le barrage est construit et fonctionne. Pour les cartes, on va essayer de trouver LA solution.

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