Pi Maï on the road

Étape entre Vientiane et Vang Vieng. Nous empruntons la route nationale 10 puis la nationale 13. Le nouvel an lao (pi mai) correspond a une immense fête de 3 jours (en réalité une semaine). Les activités favorites sont :
– boire de la bière
– se prélasser dans une piscine au bord de la route
– se prélasser dans une piscine installée à l’arrière d’un 4×4
– arroser toutes les personnes circulant sur la route
Durant ces trois jours, nous étions sur la route.

On a vite compris que nous devions adapter notre attitude à la situation.

Petit traité de roublardise [Vientiane, pi maï : j-3]
Très vite, on s’équipe. On acquiert deux pistolets à eau à la portée intéressante. Du vrai « made un china », de l’authentique. Celui d’Anne est jaune fluo, le mien est bleu. Nous déambulons dans les rues de Vientiane, nous nous entraînons. Nous faisons de grands coucous aux laos armés. Poliment, ils nous répondent. Arrivés à leur hauteur, nous dégainons, tirons puis accélérons. L’effet de surprise est total. On applique la bonne vielle méthode.

Petit traité de la fuite [Vientiane – Ban Keuw, pi maï : j-2]
3h plus tard, mon arme casse. La cause, Anne qui me poursuivait pour m’arroser, j’ai rechargé dans la précipitation. Nos forces sont diminuées, il faudra ruser à l’avenir. Le lendemain, nous partons en route vers le grand lac au nord-est de Vientiane. Avec un seul pistolet valable, nous tenons nos positions. Nous nous défendons vaillamment. Après 10km de trajet, sous un soleil de plomb, le plastique du réservoir du pistolet se perce. Nous sommes dorénavant désarmés. Aux laos armés, nos seuls possibilités sont : le zig zag, le virage de dernière minute et se baisser.

Petit traité d’humilité [Vientiane – Ban Keuw, pi maï : j-2]
La fuite ne marche pas. Les laos armés sont trop bien organisés. Nombreux, ils bloquent le passage sur la route, nous obligeant à nous arrêter. Par décence, je préfère ne pas raconter la suite. Autre technique, ils nous interpellent depuis l’arrière de leur pick-up où il sont entassés. Nous nous retournons innocemment. Tsunami.
En 90km, notre plus grand trajet sans être arrosé a été de 5km. Jamais je n’avais été aussi mouillé. Arroser l’autre est un acte de purification. Nous avons été purifiés par la moitié du Laos et pour une trentaine de générations futures …

Petit traité d’injustice [Vientiane – Ban Keuw, pi maï : j-2]
Depuis le début du voyage, les laotiens sont surpris lorsqu’ils nous voient. Les laos armés de seau d’eau ne savent pas s’ils doivent nous arroser. Pour les aider dans leur indécision, je m’amuse à leur faire d’horribles grimaces, puis j’accèlere. Anne, qui n’a rien fait, se prend toute l’eau. Moi, je reste sec.

Petit traité d’hospitalité [Ban Keuw – Thu Heua, pi maï : j-1]
Nouvelle étape de 90km. Nous arrivons rapidement dans un village en pleine effervescence. Un « rocket festival » mobilise toute la population (les rockets correspondent à un appel de la pluie). Dès que l’on s’arrête pour prendre une photo, des verres remplis de beerlao nous sont offerts. Impossible de mourir de soif dans ce pays ! Un hôte m’offre gentiment un crapeau grillé au barbecue en me disant : « sep, sep » (délicieux). Je n’ai pas osé.

Petit traité de vengeance [Ban Keuw – Thu Heua, pi maï : j-1]
Après mes actes lâches de la veille (cf traité de l’injustice), je décide de me racheter auprès de Anne. J’achète un fusil M16. Valeur sûre, il est utilisé par tous les laotiens. Nous attaquons les premiers. Je me charge de sécuriser la route. Je fonce dans le tas, et je les arrose un par un. John Rambo comes back ! Anne guette l’arrivée d’un camion. Nous le suivons, ce qui nous permet de traverser le barrage au sec. Notre technique s’améliore !

Petit traité de pitié [Ban Keuw – Thu Heua, pi maï : j-1]
La route s’élève, les températures se rafraichissent. Être mouillé toute la journée devient inconfortable. À nos supplices, les laotiens rigolent et nous arrosent de nouveau. Un chemin de croix insoupçonné commence.

Petit traité de sagesse [Thu Heua – Vang Vieng, pi maï ]
Durant cette période de Pi Maï, la fête est totale. La bière coule à flot. Les laotiens se réveillent tard et commence à s’arroser en même temps que les fortes températures, c’est à dire 10h. Nous partons tôt et parcourons la 30aine de kilomètres au sec !

Petit traité de ruse footbalistique [Thu Heua – Vang Vieng , pi maï ]
La meilleure, celle qui marche à tous les coups. Certains enfants sont quand même levés et attaquent. Erreur fatale, ils ont tous des maillots de foot. Il suffit de scander le nom de l’équipe en leur faisant croire que nous venons de cette ville. Les enfants lèvent leurs fusils en signe de paix. J’en profite pour tirer !

8 réponses
  1. caracolito
    caracolito dit :

    « Nous avons été purifiés par la moitié du Laos et pour une trentaine de générations futures »…
    Maman sera enchantée d’apprendre qu’une génération future est en préparation…

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  2. caracolito
    caracolito dit :

    « Après mes actes lâches de la veille (cf traité de l’injustice), je décide de me racheter auprès de Anne. »
    ?
    le seul acte de lâcheté que j’ai vu, c’est d’avoir refusé le crapaud!!!

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  3. Tonton Ioio
    Tonton Ioio dit :

    Tout ceci me rappelle les couloirs et les escaliers d’une résidence en un lieu et un temps dont les souvenirs sont flous… qu’est-ce qu’on a pu se purifier à l’époque.

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