Dansons dans la boue

…et chantons sous la pluie, ou « Trekker à Sa Pa ».

N’ayant pas le temps de faire plus, nous nous sommes accordé une journée de trek aux alentours de Sa Pa, histoire de voir les fameuses rizières en terrasse de plus près. Nous sommes donc passés par un groupe de jeunes femmes guides Hmongs (Sapa Sisters, recommandé chaudement par Virginie et Damien).

Ouh, la gadoue, la gadoue…
Arrivés au point de rendez-vous, il se met à pleuvoir… Nous aurions dû nous méfier du parcours en voyant qu’elle chaussait bottes et prenait parapluie. D’ailleurs Paul n’a toujours que ses sandales de rando.
Nous choisissons le parcours « glissant mais peu fréquenté ». Effectivement, 30 m plus bas, nous avions tous les deux de belles marques aux pantalons. Lan, notre guide, me fournit un bâton de bambou qui sera ma ligne de vie pour la suite. J’aime pas les descentes dans la boue. La boue s’agglutine sur les semelles, annihile l’idée de stabilité furtive, favorise l’utilisation de tout le corps pour ne pas rouler en bas, dessine des traces délicates sur les vêtements tous propres.
Inutile de dire qu’on ne lève pas beaucoup les yeux du sentier. On est donc tous surpris, arrivés en contrebas, de voir un joli petit torrent et des rizières en terrasse.
Un peu plus loin, nouveau choix de parcours, on persiste dans le « slippery » (bien entendu que l’on parle anglais !). Confiants et naïfs que nous étions. Paul a finalement eu de la chance d’avoir ses sandales, il a pu patauger à son aise dans la boue des rizières en terrasse… Pour mézigue, ce fut une belle performance d’équilibriste que je ne m’empresserai pas de reproduire (la vidéo prise par un Paul pataugeant dans la rizière ne reflète qu’un passage facile de l’ensemble du parcours). Vivent les bâtons de bambou. Pareil, la vue imprenable sur les rizières fut reportée à un moment plus stable du parcours.

Vie des Hmongs (de ce qu’on a pu poser comme questions intelligentes)
… Ou l’absurdité du système agricole local.
Les gens de ethnies montagnardes autour de Sa Pa vivent de leur propre production, et ne génèrent pas de surplus pour la vente. Généralement du riz, un peu de maïs pour les bêtes (poulets, cochons), et quelques légumes sont cultivés. Il n’y a qu’une seule récolte de riz par an, qui doit donc suffit à nourrir la famille pour les 12 mois qui suivent. Les semences sont des hybrides, achetés au marché. Elles doivent être achetées tous les ans, les graines cultivées sont stériles. En 10 ans, le kilo de semence est passé de 10 000 VND à 70 000 VND (1 € = 28 000 VND). Ajoutons à cela l’utilisation d’engrais et de pesticides (eh oui), achetés également sur le marché. Les principaux fournisseurs de tous ces produits sont les Chinois.
Ce qui amène notre question (je suis sûre que vous vous la posez également) : « mais comment une communauté basée sur l’agriculture vivrière fait pour acheter toutes ces choses ? » Et bien ce n’est pas facile. Généralement, les familles cultivent en plus de la cardamome, destinée à la vente, et se tournent vers la production de souvenirs pour les touristes. Certains sont guides et vont trekker avec les personnes intéressées (pour notre guide, jusqu’à 26 jours par mois)…
Pour labourer les champs, seules les familles les plus riches ont un buffle (avant, toutes en avaient un), ou une machine. Les autres font le travail à la main.
On réalise alors que les jolies rizières en terrasse que tout le monde vient voir représentent un paysage complètement artificialisé d’agriculture intensive, polluant probablement toute l’eau et appauvrissant les sols… Hum.

Repas en famille (enfin presque)
Vers midi, tous cracras, on arrive chez la tante de notre guide (on avait opté pour « manger local » plutôt que « restaurant à touristes »). On mange dehors (il ne pleut plus et fait même beau), à côté d’un étendoir à fils de chanvre. On pensait manger avec tout le monde, on ne sera que tous les 3. En tout cas c’est super bon : tofu à la tomate, patate douce et tiges, porc sauté, riz, et un fond de soupe-à-la-tomate-que-je-n’ai-pas-renversé-en-faisant-tomber-mon-bol-dedans (morte de honte).
Pendant ce temps, une des femmes de la maison (Yi), déroule des canettes de chanvre sur l’étendoir. Un autre bruit attire notre attention : derrière la maison, la tante entortille des fils de chanvre à l’aide d’un pédalier qui… La photo expliquera mieux. Sur ces entrefaites, la moman de notre guide arrive. On discute un peu, et très vite elle nous montre des sacs brodés et des bracelets. « Français ? Acheter souvenir à moi ? ». Bon, ça nous rappelle qu’on est de bêtes touristes, au fond. Et que ça doit être leur principale source de revenus.

9 réponses
  1. pop
    pop dit :

    Très sympa cette balade aux confins du Vietnam et de la Chine !
    Belle comparaison de l’agriculture des ethnies d’ici et de celles du Laos.
    …M’enfin ça ne m’arrange pas tout ça : vous me désespérez en vous éloignant du programme que j’avais imaginé pour mon calcul de kilométrage. Je vous attendais le 14 mai à Ha Long !!! (et le parc de Ba Be [prévu le 9 mai] ? Hein ? c’est de la daube ?)

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    • Paul
      Paul dit :

      @momanpopa : tilt shift correspond à l’effet miniature donné à une photo, trek = randonnée !
      @pop : nous n’étions pas au courant de ce programme, nous sommes le 15 et encore 350 km pour aller à Ha Long … Je crois que vous allez être surpris !

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  2. Anne
    Anne dit :

    Oui, il y a toujours un décalage entre la parution des articles et notre localisation réelle… Pour l’avoir, regarder la petite carte d’intro !

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  3. Olivier
    Olivier dit :

    Oui magnifique cette photo ‘chouette vue quand même’
    Et chouette reportage- témoignage.
    Merci
    (de pas faire ça comme de ‘bêtes touristes’, justement)

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  4. claude bignolas
    claude bignolas dit :

    Aux rescapés de la boue,bravo pour ce reportage,et le commentaire qui correspondent à ce que Made a vu à la télé(rizières en terrasses),mais plus vivant et spirituel.Made espère que vous pourrez voir Phuong avant de rentrer pourlui parler de votre voyage.
    Bises à vous de Made et Claude
    Les photos sont super!

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    • Anne
      Anne dit :

      Merci Made et Claude !
      On espère aussi revoir Phuong, normalement on est de passage juste une journée de transit à Ho Chi Minh Ville pour décoller le lendemain.
      Plein de bises !

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